18e ÉDITION DU FMA DU 27 OCT AU 12 NOV 2017


FACE-À-FACE

Thème du 4è Festival du Monde Arabe

Pourquoi le face-à-face?

Parce que nous y vivons. Parce que nous y sommes. Et, surtout, parce que l’homme est voué à toujours vouloir affronter ses démons.

Mais y a-t-il vraiment urgence de le vouloir? Et que pourra-t-il annoncer? Ne sera-t-il pas un pur et simple constat d’échec?

Voilà tant de questions qui ne sont pas nécessaires, mais qui sont insistantes. Elles le sont, pour nous « Occidentaux », d’autant plus que nous voulons les éviter, les cacher ou s’en distancier, que nous avons peur de leurs relents archaïques, de leurs suggestions polythéistes, sombres comme la nuit des temps, rappelant le jour banni où le multiple était encore, mais véritablement, possible. Voilà tant de réflexions clandestines, défendues par la Loi d’Aujourd’hui, ou par celle de Demain, conjurées par La Voix qui nous ordonne de croire que les hommes naissent libres et égaux en tout temps à notre image, qui nous ordonne de vouloir le Bien du Monde à sa place et de nous assurer que ce faisant, nous serons – et il sera – plus libre… plus tard.

Mais, à part la servitude et la domination, quel maître servira-t-il le face-à-face quand l’autre n’a rien à me dire? Quand j’ai tout à lui dire? Quand il DOIT être mon égal? Quand il n’a plus les privilèges de la différence, de l’inégalité? Quand je m’obstine à l’éduquer, à le redresser et à le libérer?

Voilà tant de questions qui ne sont plus nécessaires, mais qui sont de plus en plus brûlantes. Elles le sont, pour nous « Arabes », d’autant plus que nous n’osons même pas les poser, que nous soupçonnons leurs empreintes modernes ou futuristes, que nous les recevons en étrangers qui attentent à la souveraineté de la Jama’a, défient la Loi d’Hier ou d’Avant-hier, contredisent la Voix qui ordonne de croire que les hommes naissent enchaînés par un pacte originel, par une redevance au passé, à cet Éternel achevé qui ne se fait et ne se défait plus.

Mais, que vaut-il un face-à-face quand l’autre ne peut plus avoir quelque chose à me dire? Quand tout a été dit? Quand l’Autre ne peut être qu’adversité et menace parce que, justement, il ose dire?

Enfin, comment tenter un face-à-face quand l’instinct grégaire règne de part et d’autre, une fois pour conforter l’Occident dans ses puissantes références, certitudes et acquis, une autre fois pour guérir un Orient blessé, dépouillé de ces mêmes attributs qui lui procuraient auparavant une très grande puissance..?

Toutefois, le désir d’un tel face-à-face est légitime, sinon urgent. Mais il n’est pas nécessairement désir de conciliation ou de négociation, non plus de consolation ou de réconfort. Il peut être surtout relation non binaire où l’autre est à la fois identique et différent, ami et ennemi, égal dans sa volonté d’être autre, ambition d’une rencontre qui permet de secouer les confiances, de les démolir et les reconstruire. Ambition qui permet d’oser le miracle, d’avoir et de mériter le droit d’espérer, de s’illusionner sur une liberté possible.

Nous sommes avides de confronter nos contradictions parce que, comme disait Georges Bataille, “chercher la suffisance est la même erreur qu’enfermer l’être en un point quelconque: nous ne pouvons rien enfermer, nous ne trouvons que l’insuffisance.” L’Arabe est aujourd’hui l’héritier de ce point mobile, où on enferme rigidement et définitivement l’être. Le point qui permet à chacun et à son autre… d’être! Là où notre suffisance se trompe, nous trompe et se croit maîtresse. Le mot « arabe » devient le Lieu, la Résidence, la Scène où se refait une identité en manque de différence, se construisent des imaginaires en noir et blanc et se développe une mathématique de noms et d’émotions; une mathématique qui contraint égalités et inégalités à devenir aussi définitives que sanguinaires.

C’est sur cette même scène que doit se produire le face-à-face d’aujourd’hui, celui qui permettra de confronter les certitudes du soi avec les mystères de l’autre. Celui qui permettra au monde d’être – à l’image de l’homme – multiple.

C’est sur cette scène aussi que le Salon de la culture du Festival du Monde Arabe de Montréal invite des artistes, écrivains et penseurs à prendre la parole…

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