18e ÉDITION DU FMA DU 27 OCT AU 12 NOV 2017

LIAISONS ANDALOUSES

Thème du 9ème Festival du Monde Arabe

« Quand les Arabes sont arrivés à Cordoue, sur le lieu où ils édifieront leur Mosquée, ils trouvèrent d’abord une basilique wisigothique. L’espace du lieu de prière fut divisé en deux, séparé seulement par un rideau. Pourrait-on seulement imaginer aujourd’hui un lieu unique pour des cultes différents séparés uniquement par une étoffe? » (L’Andalousie au cœur – 7 Dragons)

« Ce que vous avez fait se trouve partout. Ce que vous avez défait était unique » (Charles Quint commentant la reconstruction de l’Andalousie après la Reconquista)

Il se peut que Félix Andalusia n’ait jamais existé. Comme tous les Félix d’ailleurs. Toutefois, fiction ou réalité historique, l’Idéal andalous reste une référence incontournable quand il s’agit de pluralisme, de dialogue et de vivre-ensemble. Il n’est de modèle possible que mythique.

Qu’une certaine culture arabe, d’ici ou d’ailleurs, d’hier ou de demain, soit capable de s’ouvrir à la différence, d’embrasser des valeurs universelles et de proposer des voies inédites, ceci ne relève pas de l’enthousiasme, ni de l’imagination. Que l’Andalousie plurielle soit un mythe, ou une pure rêverie fantastique, ou une sublimation nostalgique, cela n’a aucun sens pour ceux et celles qui croient que l’Autre n’est pas nécessairement l’enfer !

L’Andalousie de l’imaginaire fait partie des patrimoines des Sud-Américains, des Espagnols, des Arabes, des Berbères, des Portugais, des Européens… Foyer de sciences, de traduction, de philosophie, d’architecture et de botanique, fruit de la rencontre d’un islam éclairé, confiant et innovateur avec une Europe assoiffée de connaissances, l’Andalousie représente le courage qui, en un moment de grâce, s’est emparé à la fois de l’Orient et de l’Occident. On attribue cette effervescence de l’esprit à une « certaine » culture arabe qui fut capable de recevoir, de transmettre et de proposer. Pourquoi cette culture s’est-elle éteinte? Quelles sont les raisons de cette rupture? Pourquoi la pensée rationnelle d’Averroès n’a pas eu d’héritiers dans le monde arabe? Pourquoi ce mythe reste si puissant et si évocateur? Ces questions refont surface à chaque fois qu’on emprunte les multiples voies que trace l’histoire andalouse.

Cependant, il nous semble plus pertinent, voire plus urgent, de quérir l’Andalousie dans le présent plutôt que dans le passé. Ce possible andalou est-il si inaccessible ? Montréal d’aujourd’hui n’est-elle pas une Andalousie vivante ? Dans cette ville où, depuis des siècles, chrétiens, juifs, musulmans, autochtones, immigrants, pauvres exilés, riches expatriés, hommes et femmes venus de partout se mélangent, partagent les mêmes quartiers, les mêmes bureaux, les mêmes cafés, les mêmes autobus et, de plus en plus, les mêmes femmes et les mêmes hommes? Ces liaisons quotidiennes, tissées et inscrites dans la réalité montréalaise, ne nous rapprochent-elles pas plus de cette Andalousie rêvée que de la guerre des Croisés ?

À l’image de l’Andalousie, Montréal est complexe, riche et polymorphe. Elle est une et plusieurs. Terre d’adoption, elle assimile avec audace et générosité les apports des multiples cultures qu’elle reçoit. Jumelle de Grenade, Cordoue et Séville, elle offre à chacun sa ruelle désirée et à tous une médina qui émerveille par sa pluralité. Le métissage que le modèle andalou propose se vit aujourd’hui, ici-même, sous d’autres formes, dans une ville laïque et gouvernée par des valeurs de liberté, de partage et d’ouverture. L’identité « andalouse » de Montréal n’est pas à faire, elle est à performer, à exprimer et à célébrer.

Une fois de plus, la thématique du FMA reflète un élan d’enthousiasme et d’affirmation. Pour notre équipe, l’Idéal de la rencontre est plus qu’une idée, c’est un choix de vie et une façon d’être et de rêver. Il est surtout un art et une culture ! Inspirés des Averroès, Maïmonide, Léon l’Africain, mais aussi de Khalil Gibran, Wajdi Mouawad et autres, nous croyons profondément que l’utopie de la rencontre est à la fois exercice de liberté et stimulant de créativité.

Il ne s’agit certes pas de passer outre les fausses perceptions, les tensions et les préjugés, provoqués et alimentés par un contexte mondial de violence, d’inquiétude et de confusion, ni de glorifier le présent jusqu’en faire un coin de paradis. Les liaisons andalouses, ou montréalaises, que propose la 9e édition du FMA retracent des rapports de solidarité, de dépendance et d’amitié, mais aussi de compétition, de rejet et de rupture entre les individus et les cultures.

Mais, rompre avec la décomposition du monde, c’est s’obstiner à créer des liaisons neuves, s’aventurer sur des voies inédites, sortir de ses lisières et tenter de forcer l’harmonie. Non pas pour concilier ou recoudre les présumés opposés (Orient et Occident, tradition et modernité, civilisation et barbarie…), mais pour oser une remise en cause des images, des représentations et des opinions qui génèrent le malaise, par le biais de rien d’autres que des images, des représentations et des opinions. Décidément, toute création artistique possède, au regard des enjeux du monde, un puissant souffle d’utopie. Mais, celle qui naît de la rencontre est une utopie radicale parce qu’elle aspire à incorporer l’étrangeté et la différence et à soumettre la diversité des styles et des traditions à une expression à la fois une et multiple. Ainsi, le thème de la 9e édition du FMA voudrait rendre compte des fractures qui traversent notre vécu et l’emprisonnent dans des voies fermées, mais il est surtout une invitation à suivre ou à tracer des lignes qui s’échappent et qui « tentent » des trajectoires inédites, des liaisons originales.

La curiosité montréalaise qui a permis au FMA d’exister et de grandir est le ciment d’une société vivante qui, aussi bien par ses réussites que par ses travers, embrasse le modèle andalou. Les deux moments, passé et présent, imaginaire et vécu, nous appartiennent et sommes libres d’en définir les contours. Avec Liaisons andalouses, des voies inédites, le FMA tente d’exalter ces rencontres fécondes qui se font à Montréal entre les individus et les cultures et qui s’illustrent à travers des mots, des musiques, des idées et des images.