18e ÉDITION DU FMA DU 27 OCT AU 12 NOV 2017

MÉMOIRES CROISÉES

Thème du 10ème Festival du Monde Arabe

Sous toutes leurs formes, du souvenir le plus intime, le plus personnel, jusqu’à la convocation des grands faits historiques, les mémoires cristallisent autour d’elles les enjeux les plus vifs de notre monde. Des « mémoires solitaires » jusqu’aux thèses les plus sombres de la « concurrence mémorielle », à laquelle se livrent groupes, communautés, voire blocs de civilisations, ces trésors communs et distinctifs des hommes deviennent des instruments de manipulation qui exacerbent les tensions et les incompréhensions mutuelles. Ainsi, de plus en plus, le futur se dessine, lui aussi, en noir et blanc.

Au moment où l’image d’un effondrement généralisé revient très souvent dans les esprits, où passé et futur génèrent autant d’angoisse, ne reste plus que ce « présent perpétuel », amnésique. Engloutis, les riches croisements du passé ! Interdites, les projections vers des futurs communs et enchanteurs !

Les mémoires naissantes et fraîches, celles des exilés, des immigrants ou des nomades, ont ceci de particulier qu’elles ne sont pas soumises à l’éternel « devoir  de mémoire ».  Elles se prêtent à des dynamiques variées et constituent des lieux privilégiés de la mise en commun des richesses. De leur nature mutante, faite de couches multiples, croisées, peut émerger une identité assurée et généreuse.  Une gaie mémoire, audacieuse et sans tabous.

C’est avec cet élan, tel un songe d’une nuit d’Orient, que le FMA croise, à l’occasion de son 10e anniversaire, des mémoires individuelles et collectives, vécues et fantasmées, refoulées et partagées.

Cet événement singulier n’a cessé de bousculer les idées reçues pour mieux saisir la complexité de notre monde. Depuis ses débuts, la diversité des thèmes qui y sont abordés est allée de pair avec le souci de s’ouvrir à l’autre et de questionner les cultures québécoise et arabe de façon audacieuse, parfois même provocatrice. Sous le thème Mémoires croisées, l’équipe du FMA tente de réinventer cet espace unique, proprement montréalais. Consciente de naviguer dans des zones d’ombre, d’ambigüité et d’impasse, elle poursuit la même ambition utopique de triompher de la pesanteur meurtrière des identités et des représentations, convaincue que l’imaginaire seul peut refaire le mondeaux frontières de l’interdit, dans des lieux rebâtis perpétuellement, où la rencontre est toujours possible !

Dix ans de rêve et d’audace. Et si l’on convoquait un vieux topo de Saint Augustin pour illustrer cette histoire-mémoire du FMA ! La mémoire comme vaste palais à repeupler sans cesse, comme espace de projection dynamique de soi, de l’Autre et finalement de Nous. Dès lors, on peut oser reprendre l’expression du grand poète Gaston Miron pour formuler tout ce que condense l’histoire du FMA, « la mémoire de demain ».

Le 10e anniversaire du FMA s’abreuve d’une réalité québécoise à cheval entre particularités culturelles et mondialisation et témoigne d’une époque avide de solidarité et d’enthousiasme. Impliquant des compositeurs, musiciens et artistes des plus créatifs, du Québec et d’ailleurs, cette édition spéciale vise à offrir un lieu de rencontre et d’échange entre diverses esthétiques. S’inspirant aussi bien des tensions que des intimités des mémoires croisées, ou parfois même partagées, les artistes invités proposent des œuvres qui brisent les frontières entre deux mondes par le biais de l’art. Ils reconstruisent des mémoires musicales et artistiques appartenant à différentes cultures et époques, d’une musique millénaire transmise oralement de génération en génération à travers les siècles aux compositions modernes savamment écrites, du Mawal au chant traditionnel québécois, de la Dalouna aux envolées lyriques, des joutes du Zajal libanais à l’opéra et, enfin, du Dabké moyen-oriental à la gigue contemporaine.

Comme toujours, le public montréalais est au cœur de cette aventure, car le FMA rend ses audaces accessibles à un très grand nombre de spectateurs, offrant ainsi des opportunités uniques de découverte et d’enrichissement.

« Je me souviens », il y a dix ans…!

En 2009, « nous nous souvenons » de cette passion de l’Autre qui a fait naître le FMA.

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