AURORES, CHANTS DE JOUR EN PLEINE NUIT

AURORES

Chants de jour en pleine nuit

Thème de la 17e édition du FMA

Quel espoir nourrir quand la nuit semble s’obscurcir davantage ou quand le monde prend des allures de poudrière ? Quelle utopie caresser quand des peuples et des cultures millénaires se retrouvent réduits à des accessoires vestimentaires, emprisonnés dans des mots et des images qui concentrent peurs, haines et ignorances ? Quel lendemain vouloir quand les « bons » et les « méchants », le « chaos constructeur » et la « stratégie du chaos », les bourreaux et les victimes se confondent, transformant notre ère en un vaste théâtre d’une tragi-comédie scabreuse ?

Après avoir brandi le délire et l’hilarité face à l’absurdité du monde en 2015, la 17e édition du FMA appelle à toute forme de résistance vitale au « désenchantement de l’humain ». Dans cet élan d’enthousiasme cathartique que nous nous plaisons à suivre sans relâche, nous tentons de dégager l’horizon des spectres de la résignation. Nous osons croire que, de Palmyre jusqu’en Amérique du Nord, des solidarités organiques peuvent se tisser face à la répression de la pensée unique et au règne de la propagande.

Comme des navigateurs pris dans la tempête, en pleine noirceur d’un océan d’indifférence, nous n’avons d’autre choix que d’avancer parmi les brumes du désespoir et de relever nos genoux pliés par les épreuves pour chercher un ciel plus beau et plus juste. Nous voulons ajouter foi à l’idée que cette nuit, qui règne depuis trop longtemps déjà, appelle un soleil qui ne saurait tarder. Car les voix de résistance continuent d’exister. Des voix plurielles qui réussissent, malgré un vacarme assourdissant de confusions, à se faire entendre.

Nous rendons la voix à ces créateurs rebelles et courageux qui défient le réel tantôt par le rire et le délire, tantôt par la réflexion et la méditation. Qu’ils nous viennent d’un lointain hier ou qu’ils éclosent à peine, leurs acrobaties esthétiques nous permettent de triompher de l’abîme qui nous guette et nous assiège.

Une première aurore surgit d’une Syrie plurielle dont la richesse de sa diversité n’a d’égale que l’immensité de son histoire, de ce Levant où cultures, langues, peuples, chants, mélodies et rythmes s’entremêlent depuis la nuit des temps. Suivent les flammes portées par des centaines d’artistes, d’ici et d’ailleurs, nous conduisant vers une clôture des plus lumineuses qui offre une délicieuse étreinte musicale entre Barbara et Fairouz, accomplie à juste titre par une même et seule voix. Le prisme binaire cède la place à la complexité d’une identité moderne qui s’enrichit de sources diverses et recouvre les subtilités d’une seule et même réalité aux couleurs différentes.

« À la fin de la nuit, scellez vos chevaux et attendez l’esprit qui émergera des fissures du lieu », disait Mahmoud Darwich. Précipitons l’aurore et fredonnons ensemble des chants de jour en pleine nuit ! Allumons nos chandelles dans l’œil de la tempête pour réchauffer nos âmes…

Bon Festival!