fbpx

Affiche-FMA-2018-Chants-de-mutants

Sont-ils déjà morts, ces vivants dont on chante l’Eldorado?

Vue de la Rive Sud. Au grand soir du départ.
Affamés, désespérés, aventuriers, voleurs, bons et méchants affluent sur les routes de l’exode, pour chevaucher des navires chimères vers les rives de la vie. La deuxième vie, dans un Nouveau monde fait d’immenses verdures, de délices somptueux et de liberté. Prêts à changer de toit, de peau et de couleur des yeux. Prêts à prendre le passage à sens unique entre les mondes.

Ces mutants, tantôt entassés tantôt alignés, en louvoiement perpétuel, ont peur. Mais ils s’enthousiasment. Le malheur derrière eux et l’immédiat comme diktat, quel Styx ! Quel tombeau pour cette traversée aux deuils florissants de souvenirs!

Vue de la Rive Nord. Le lendemain, à la télé.
Au coeur d’une brume, le navire intrus se dessine en grisaille, se dresse menaçant, tout près de « nous-autres ». Des mâts, des vergues, des cordages et des corps sortent du ventre de l’océan comme des fantômes qui, d’un seul jet d’imaginaire, sont créés sur des voiles tendues entre le ciel et l’enfer.

Des créatures rameuses et des silhouettes difformes avancent sous un jour qui semble poindre sur leurs visages éclairés comme autant de nuits tombantes. Voici apparaître l’iceberg des cataclysmes à venir. Les créatures entassées font peur. Éteignons la télé.

Vue en pleine mer. Quelques jours, ou semaines, après.
Les créatures entassées n’ont plus peur, elles rament. Voilà qu’elles grouillent en effet, sur ces radeaux de fortunes, perles incommodes qui déferlent du coin des vagues, accrochées à l’écume et aux rêves qui les hantent.

Fuyant leurs déserts faits de sable et de guerre, les mutants errent désormais dans ce désert d’eau maudite que devient pour eux la Méditerranée.
Certains rament et prient, d’autres rament et maudissent. Et parfois, aux rythmes des vagues et des mirages miroitants, tous les rameurs frappent les ondes et entonnent, l’âme dansante, les chants des mutants, aux rives de Gibraltar.

Vue du FMA, 19 ans plus tard.
Des murs de vagues ou de pierres se dressent ici et là, aux frontières du Mexique, à Jérusalem, ou dans des mers que nul Moïse ne vient ouvrir. Tout près dans le quartier, des pierres de damnation s’empilent pour séparer deux meutes régies par la même frayeur.

Ô le Gibraltar qui sommeille en nous… Comment traverser ce détroit qui habite toujours nos âmes de migrants-mutants, la forgeant jusqu’à devenir sa deuxième nature. Migrants un jour, mutants toujours, suspendus entre deux déserts, perdus sur des chemins de traverse qui ne mènent nulle part, coincés entre deux rives qui ne cessent de se resserrer pour nous submerger.

Nous sommes aussi ces migrants-là, enfants communs à l’imaginaire et à la violence du monde. La même peur nous habite et nos chants exaltants racontent nos épopées… Des chants antiques berbères et gnawis au qudud-flamenco, les deux rives se rejoignent et se fondent, le temps d’un FMA, en un chemin pavé de rêves et d’orgueilleuses illusions, dans un élan réconfortant de musiques, de danses et d’improbables aventures.

Bon festival !

*Une édition dédiée aux migrants de tous les temps, et particulièrement du nôtre.

MERCI À NOS PARTENAIRES